Dragons volants

J’ai beau être animateur nature, j’avoue avoir encore quelques légères lacunes (des gouffres entiers en vérité) dans certaines matières se rapportant à la nature. Notamment concernant l’entomologie et en particulier les papillons et les libellules. Je n’ai jamais étudié les lépidoptères parce que je les trouve ridicules et fragiles, et en plus ils sont emmerdants, ils passent leur jeunesse à bouffer toutes les plantes que j’apprécie dans le jardin (même les orties, ah les enfoirés !) mais les Odonates, eux c’est autre chose…

Au boulot, dans mes marais, une visite guidée spéciale Papillules et libellons (ou l’inverse) est organisée à la fin du mois d’août. Je me suis aussitôt proposé pour servir à la logistique de cette balade (faire le café, nettoyer les chiottes, raconter des blagues, …) pour avoir une excuse pour y participer discrètement.

Mais j’ai un problème… Une sorte de toc… A chaque fois que je vais participer en tant qu’élève à une formation quelle qu’elle soit, il faut que j’étudie le sujet à fond avant. Peut-être est-ce pour me la « péter » devant les autres élèves en sortant les noms des bestioles ou des plantes avant le formateur ? Peut-être est-ce pour montrer au guide du jour que je suis là aussi et qu’il ne pourra pas s’en tirer facilement s’il commet une erreur ? Ou alors, ce n’est peut-être que tout simplement la peur d’avoir l’air idiot auprès d’autres personnes que je ne connais même pas (oui, parce qu’avoir l’air stupide sur une île déserte, ça passe…) ?

Je n’en sais rien.

Quoi qu’il en soit, j’avais décidé de sillonner les marais avec toute une bibliothèque concernant les libellules.

lecture
Un peu comme cela, les espadrilles en moins…(source:Gaston d’André Franquin)

Me rendant vite compte dès les premiers mètres que porter une vingtaine de kilos de bouquins, c’était peut-être un peu de trop (surtout pour le « Ninja des marais », merci Sami pour ce surnom !). Je décidai de n’en garder finalement que trois ouvrages. C’était d’ailleurs largement suffisant car en général les livres naturalistes traitant d’un même sujet se révèlent être des copies conformes (cfr. Les livres traitant d’ornithologie…).

Dans le fond, cela doit être assez facile de pondre un livre sur la nature (peu importe le thème), tu prends l’ouvrage de référence, tu photocopies les pages, tu supprimes quelques mots compliqués (eh oui, on est en 2017, les gens ne sont plus capables de comprendre quoi que ce soit, c’est en tout cas ce que l’on veut nous faire croire), tu refais deux ou trois illustrations vite fait et puis tu te pointes chez n’importe quel éditeur qui n’a pas encore sorti de livres naturalistes mais qui voudrait bien concurrencer Delachaux et Niestlé (les fous!). Prends ça dans les dents « Guide Ornitho », tu n’es rien d’autre qu’une copie du « Peterson » avec des meilleurs conseils, des meilleures cartes et des plus belles illustrations… (ah oui, zut donc là ça ne fonctionne pas en fait…).

Bon j’exagère encore mais avouez que vous aussi vous avez déjà eu cette sensation en ouvrant un énième « Guide des fleurs de France et de Belgique » classé par couleur… Ils ne sont même pas fichus de trouver des titres originaux ! Et puis merci pour les daltoniens…

Mais bon bref !

Je n’avais pas fait dix mètres que je faillis être plaqué au sol par une libellule gigantesque ! Enfin, gigantesque, tout est relatif… Nous ne sommes plus au carbonifère. Mais elle se posa non loin de moi et devait bien faire une septantaine de millimètres de longueur (tête + thorax +abdomen). Oui, vous n’êtes pas sans savoir que les insectes possèdent un corps en 3 parties, contrairement aux arachnides (dont j’ai déjà touché un mot auparavant…) dont le corps est, lui, divisé en deux : abdomen + céphalothorax.

Je penchai directement pour une Anax empereur (Anax imperator, famille des Aeschnidae) mais les couleurs me semblaient bizarres surtout avec ce thorax brunâtre et puis elle semblait plus petite qu’imperator. Étais-je tombé sur un Anax napolitain (Anax parthenope, famille des Aeschnidae) ? Je n’osais y croire. Mais ma biblio me confirma une chose : s’il est vrai que cette libellule est assez rare en Belgique car elle est plus méridionale, elle avait été quelques fois observée localement en Belgique notamment… à l’endroit où je me trouvais très exactement.

anax_napolitain___Olivier Richardet
Le thorax brun caractéristique de cet Anax (source:Olivier Richardet)

Mince alors, la première libellule que je rencontre est une rareté !

Hein quoi ? Oui, j’ai dit libellule et alors ?

Ah non non , je vous vois venir… Je ne parle pas du genre Libellula… Ah ah ah ! Comme vous êtes badins ! Non, non, je parle bien de la différence entre les deux sous-ordres qui séparent l’ordre des Odonates. A savoir Anisoptères pour les libellules vraies et Zigoptères pour les demoiselles.

Mais si vous savez bien, les anisoptères font ça avec les ailes… tandis que les zigoptères font comme ça lorsqu’elles se posent… (ah on me fait signe dans l’oreillette que l’on ne me voit pas gigoter devant mon écran).

En résumé : les anisoptères de a (privatif), iso (égal) et ptère (aile) donc à ailes inégales (les postérieures et les antérieures sont de forme différente) ; elles ont un corps robustes, un vol assez vif et rapide, des yeux qui se touchent et surtout, c’est ce que j’essayais de vous mimer, au repos, leurs ailes sont ouvertes à plat ou un peu sur l’avant. Ce sont les libellules.

Les zygoptères de zygo (joint), rien à voir avec monsieur Zygo, et ptère (oui, ça veut toujours dire « aile », suivez un peu…) donc à ailes… jointes (les postérieures et les antérieures ont la même forme) ; elles sont plutôt frêles, volent assez lentement, leurs yeux sont écartés et, au repos, leurs ailes restent plus ou moins jointes et se replient vers l’abdomen (sauf exception…). Ce sont les demoiselles.

Je laissai mon Anax vaquer à ses occupations, c’est-à-dire : chercher de la bouffe et des partenaires sexuels (et en plus ils se battent parfois) ! Et oui, désolé de vous enlever la magie des mignonnes petites libellules qui papillonnent à la surface d’une eau scintillante (digueling !, c’est le son de la harpe qui accompagne cette vision idyllique) mais en fait, ces insectes sont des « gros beaufs » (la bière et le foot en moins). En même temps, il faut les comprendre, la plupart ne vit que quelques dizaines de jours, elles n’ont vraiment pas le temps de traîner… D’ailleurs, je précise au passage qu’Odonates veut dire « mâchoire dentée » car c’est un prédateur, on est loin de la mignonne petite fée…

Je traversai une zone un peu plus boisée. Et j’étais déjà en train de me dire que je n’en aurais pas trouvé à cet endroit-là que j’en vis justement une, bêtement posée sur une feuille de bardane (c’est fou ce qu’on peut avoir l’air bête posé sur une feuille de bardane, personnellement j’évite le plus souvent possible que l’on me photographie dans cette position…).

Assez frêle, les yeux bien écartés et, ah zut, tiens ! Les ailes ne sont pas repliées sur l’abdomen ! Je feuilletai rapidement mes bouquins et je compris. C’était bien un insecte du sous-ordre des zygoptères. Mais, ceux de la famille des Lestidae ont tendance, au repos, à garder les ailes un peu écartées. Entièrement verte et avec des ptérostigmas brun clair, je conclus rapidement sur une simple Leste verte (Chalcolestes viridis, famille des Lestidae), la pus commune des lestes en Belgique et… Quoi encore ? Comment ? C’est quoi « ptérostigma » ? Attendez, vous n’allez pas me dire que personne ici ne sait ce que c’est !

Leste verte (nature22)
Je crois bien que cette demoiselle se fiche de nous avec ses ailes… (source: nature22)

Pfff ! Bon, en réalité, les Odonates (libellules comme demoiselles) possèdent des ailes très nervurées. Ces ailes ne sont pas totalement droites et présentent, plus ou moins sur le milieu, une sorte de coude qui crée un léger angle, c’est ce que l’on appelle le nodus. Mais, et ça c’est le plus intéressant dans la détermination, ces ailes sont aussi agrémentées d’un ptérostigma, en clair une petite case colorée (noir, brun, blanc, rouge, …. en fonction de l’espèce) à l’extrémité de celles-ci.

Nodus et pterostigma (wikipedia)
Merci Wikipedia pour l’illustration car je ne me voyais pas vous redessiner une aile de libellule….

J’oubliai bien vite cette leste (et votre grossière intervention) et continuai mon chemin vers les marais.

Et bien c’est incroyable ! Je suis en train de vous parler des nodus et des pterostigmas et voilà que justement se pose devant moi une Libellule à quatre tâches (Libellula quadrimaculta, famille des Libellulidae). Cette dernière présente justement la caractéristique de posséder… quatre tâches au niveau des pterostigmas et des nodus. Ça pour un hasard, c’est un hasard (remarquez quand même la qualité des transitions…) !

Libellule 4 tache femelle (biodiversitéwallonie)
Voici une Libellule à quatre tâches femelle, magnifique lorsqu’elle se pose au soleil. On voit parfaitement les tâches à l’endroit des nodus (source:biodiversité Wallonie)

Soudain, un bidule rouge s’agita devant moi. Comme je pensai à autre chose à ce moment-là, je pris trop temps pour retrouver la bestiole et celle-ci était déjà partie sans demander son reste.

Je repris rapidement mes livres, en rouspétant un peu.

Un vol papillonnant et un peu hésitant, nous sommes toujours dans les zygoptères. Alors dans les rouges, il y a… deux candidates ! C’est tout ? Bon, c’était soit une Petite Nymphe au corps de feu (hyper classe, le nom ! Pyrrhosoma nymphula, famille des Coenagrionidae), très commune ou bien un Agrion délicat (moins classe, le nom ! Ceriagrion tenellum, famille des Coenagrionidae), pas commune du tout du tout… Je conclus pour l’instant sur la Petite nymphe car on ne peut pas tomber tout le temps sur des raretés.

Pyrrhosoma_nymphula_male (société Limousine d'Odonatologie)
Voilà, ce petit bidule rouge ! (source: Société Limousine d’Odonatologie)

Ah une autre ! Celle-là je ne la rate pas ! Elle se pose juste devant moi…

Une zygoptère, ça c’est certain ! Un corps bleu et noir, on doit être dans les agrions (famille des Coenagrionidae). Ah ceci près que cette demoiselle semble souffrir de… conjonctivite. Je replonge dans mes bouquins. Ah ça, il n’y a nulle part un chapitre sur les maladies des Odonates, c’est n’importe quoi ! A moins que… Ah oui mais non, c’est tout à fait normal chez deux espèces : la Naïade au corps vert (Erytromma viridulum, famille des Coenagrionidae) et la Naïade aux yeux rouges (Erytromma najas, famille des Coenagrionidae) possèdent toutes deux des yeux rouge vif. Mais elle s’envola bien vite et je ne sus pas la déterminer avec plus de précision. C’est dommage d’ailleurs, je voulais justement vous dire à ce propos que les yeux des Odonates peuvent posséder jusqu’à 30 000 ommatidies ou facettes. Mais, bon ce n’est pas grave, ce sera pour une autre fois (c’est bon, c’est passé crème, ils n’y ont vu que du feu…) !

Naiade aux yeux rouge (insecte.org)
Cette demoiselle, une Naïade aux yeux rouges, souffre de conjonctivite et tout le monde s’en fiche… (source: insecte.org)

De toute façon, j’avais fort à faire avec des dizaines d’agrions qui papillonnaient maintenant devant moi. Des Agrions jouvencelle (Coenagrion puella, famille des Coenagrionidae), des Agrions élégant (Ischnura elegans, famille des Coenagrionidae), des Agrions porte-coupe (Enallagma cyathigerum, famille des Coenagrionidae), des Agrions à larges pattes (Platycnemis pennipes, famille des Coenagrionidae), … Des mâles, des femelles, … Plein, je vous dis ! Comment ?

Demoiselle (agrion jouvencelle)
Ici un Agrion jouvencelle mâle, on voit le renflement en S2. C’est peut-être dans cette catégorie que la détermination est la plus hasardeuse. Surtout si elles gigotent…

Oui, j’arrive à différencier les messieurs et les dames ! C’est très facile, en fait, chaque espèces de libellules ou de demoiselles présente, le plus souvent, un dimorphisme sexuel très apparent. De part la couleur ou l’assemblage des couleurs : la femelle étant souvent plus ternes que le mâle (attention de ne pas confondre avec les « ados », les néonates, car eux, sont aussi un peu plus pâlots mais avec les ailes beaucoup plus brillantes qu’un adulte). Mais ce n’est pas tout ! Les mâles possèdent un renflement sous l’abdomen en S2 (voir explication plus bas), ce sont les pièces copulatrices, mais aucun renflement en S10, l’abdomen étant simplement terminé par des « cerques » en forme de pince. Les femelles, quant à elles, ne possèdent pas de renflement en S2 mais en S10, oui, c’est l’ovipositeur.

Chez les Odonates, l’abdomen est divisé en 10 segments (et oui, rien que ça!) appelés de S1 à S10. S1 étant proche du thorax et S10 étant en bout de queue. Ces segments articulés permettent une très grande mobilité de l’abdomen.

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Ici avec un Agrion en exemple. Pour info, les autres segments peuvent servir à l’identification des espèces en fonction des couleurs dont ils sont affublés (source : nature22)

Alors que je laissais les Agrions et que je continuais le chemin qui longeais maintenant le bord d’un étang, un « chauffard » me frôla le visage. En effet, les anisoptères sont capables de voler en « sur place », de pratiquer des marches arrières (pratique pour les créneaux) et de voler à plus de… 40 km/h.

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« C’est quoi qu’on vient de flasher ? Une Cox ? » « Non, une Libellule… »

Mais l’insecte se posa par terre devant moi. Je crois bien que c’était un Orthétrum réticulé mâle (Orthetrum cancellatum, famille des Libellulidae). Bon, vous n’allez pas faire l’étonné à chaque fois, je vous ai dit que c’était facile de les différencier… Tant que j’y suis justement à parler de dimorphisme sexuel, je devrais vous toucher rapidement un mot sur la reproduction des libellules et des demoiselles. Attention, à partir de maintenant, même un épisode de Game of Thrones sera plus adapté aux enfants. Avant de s’accoupler, le mâle transfère son sperme par flexion de l’abdomen de S9 à S2 (vésicule séminale). Et là, paf ! Y a de la poulette ! Alors le mâle fonce sur une femelle et l’attrape par le cou grâce à ses pinces en S10 (j’ai l’impression de sortir une blague salace de Jean-Marie Bigard, c’est très bizarre comme sensation…). La femelle se dit que finalement ce gars-là n’est pas si mal et qu’à son âge (déjà une dizaine de jours…), elle ne devrait pas faire la difficile. Elle ramène alors l’extrémité de son abdomen (S10) jusqu’à la vésicule séminale du mâle (en S2) : le tout forme alors une forme qui rappelle vaguement un cœur, c’est le cœur copulatoire (bon faut être souple mais avec dix segments c’est plus facile…). L’accouplement dure de quelques secondes à quelques heures mais la femelle peut par la suite pondre ses œufs toute seule où avec l’autre clampin toujours accroché sur son dos (ça dépend des espèces). Les œufs sont alors soit déposés à la surface de l’eau, soit fixés sur des plantes, soit insérés dans une feuille (là aussi, ça dépend des espèces).

Accouplement coeur (science et avenir)
Bon, il parait que c’est mignon… Petite devinette : c’est qui madame ? c’est qui monsieur ? (source: sciences et avenir)

Voilà, vous pouvez rappeler les enfants, la partie cochonne est terminée.

Je continuai ma balade mais je fus rapidement pris d’une épouvantable déprime. Une véritable angoisse soudaine consécutif à la vue d’un insecte bien précis. J’espérais bien ne pas tomber sur une telle libellule. J’avais prié longuement avant de prendre la route avec mon sac-à-dos. Et pourtant elle était là devant moi… Une echeneuneu, non… Une aïchène, non plus, … Une… oh et puis zut, je vous l’écris et puis c’est tout ! Vous le prononcerez comme vous voudrez : AESCHNE.

C’est incroyable, ce nom est encore plus difficile à écrire qu’à prononcer (même à jeun) !

Une Aeschne bleue (Aeschna cyanea, famille des Aeschnidae), oui, dans une petite mare, sorte de grosse flaque d’eau saumâtre et nauséabonde. Probablement, le pire endroit sur toute la réserve. Il est vrai que les Aeschne, et surtout l’Aeschne bleue, préfèrent les eaux stagnantes et acides et se fichent comme de leur première exuvie de la qualité de l’eau. Au point de parfois se reproduire dans des eaux particulièrement polluées. Je tiens tout de même à préciser que les autres familles sont assez à cheval sur la qualité de l’eau et se révèlent en réalité d’excellent bio-indicateurs. Tiens, j’oubliais ! Je viens de vous dire que les libellules et les demoiselles pondaient leurs œufs dans l’eau ou sur des plantes toutes proche de l’eau. Et cela, c’est parce que… Les larves vivent dans l’eau ! Merci, il y a au moins deux qui suivent.

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« Voilà une… Atchaaa ! » « Ah tu vois que tu sais le dire ! » « Non, là j’ai éternué… » (source : Michel Garin)

Bon, tout d’abord, qui sait me définir Hétérométaboles ? Non, non mais pas du tout, qu’est-ce que vous me racontez avec votre oncle et son poney ? Hétérométaboles veut tout simplement signifier que l’insecte réalise une métamorphose incomplète (comme pour les Hémiptères-les punaises et les Orthoptères-les sauterelles par exemple), il n’y a pas de stade immobile entre la larve et l’adulte. En d’autres termes, la larve a la même tronche que l’adulte mis à part un (gros) détail : la larve (ou naïade) n’a pas d’ailes. Ou plutôt si, mais des ébauches d’ailes qui grandiront à chaque mue jusqu’à devenir fonctionnelles si tout s’est bien passé jusque là. La larve restera dans l’eau durant toute sa croissance, assurée par les nombreux insectes ou alevins qui tomberont sous son labium (appelé aussi masque). Cette période durera de quelques semaines à parfois quelques années. Oui dans l’eau, vous avez bien entendu, ce qui veut dire que c’est un insecte hétérométabole, ça vous le savez déjà, mais qu’il est aussi et surtout Hémimatébole car la larve n’a pas la même niche écologique que l’adulte (l’inverse s’appelant Paurométabole comme pour les sauterelles par exemple, la même niche écologique toute la vie de l’insecte). Hémimétabole et paurométabole étant les deux sous-catégories des insectes hétérométaboles. Vous suivez toujours ou je vous ai largué quelque part ?

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Ici une larve de libellule. On voit nettement les ébauches d’ailes sur son dos et surtout le labium, sorte de bras articulé sous la tête, qui lui permet d’attraper tout ce qui lui passe devant le clypeus (le nez, le museau si vous préférez…). Le labium surgit à une vitesse de 50 milliseconde.

Ah bin tiens, ça tombe bien ça ! Je vous parle de la larve et je trouve justement plusieurs exuvies accrochées sur des roseaux. Non, non, ce ne sont pas des insectes morts. Regardez bien, on voit nettement que c’est un exosquelette de chitine (peut servir dans les insultes…) et que celui-ci est ouvert sur le dos. C’est par là que la libellule, probablement une Libellule déprimée (Libellula depressa, famille des Libellulidae) est sortie dans une puérile tentative d’imitation du Dr Steve Banner lorsqu’il s’énerve (sauf que lui, au moins il gardait son slip…). On peut parfois trouver ces exuvies en très grand nombre lorsque le milieu le permet.

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On voit parfaitement par où la bestiole est sortie. Si l’étude des exuvies vous intéresse, il existe des clés de détermination qui y sont consacrées (voir biblio en fin d’article).
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Libellule déprimée mâle. On peut voir sur la photo les ailes fortement nervurées.

Au final, je suis rentré content de ma sortie. Bilan de la journée : 16 espèces différentes (je ne vous les ai pas toutes citées dans l’article) sur une quarantaine présente en Belgique, dont une dizaine d’espèces que je n’aurais de toute façon pas pu rencontrer là où j’étais car elles préfèrent les milieux forestiers (les Calopterygidae-Caloptéryx, toute la famille des Gomphidae-Gomphes, les Cordulegastridae-Cordulegastres, les Corduliidae-Cordulies et les Leucorrhina, famille des Libellulidae). Donc au final, j’ai déjà approché près de la moitié des libellules et demoiselles potentiellement présentes sur le site. Pas mal du tout pour une seule sortie. Évidemment, c’est comme pour tout, la première sortie on voit énormément de choses différentes et nouvelles et les sorties suivantes ne nous font progresser que d’une ou deux espèces à la fois. Mais on avance à chaque fois… Pas à pas… Et il me reste encore pas mal de jours pour étudier ces charmantes petites bêtes. Je serais prêt pour cette balade…

J’aurais pu continuer cet article encore et encore mais je voulais juste vous servir une petite introduction sur ce formidable ordre des Odonates. Je n’ai pas cité toutes les espèces présentes en Belgique (et encore moins en France), j’en suis tout bonnement incapable. Tout au plus, je suis parvenu à vous glisser les noms des familles. Pour ce qui est de l’éthologie, j’en suis resté à la base mais il y a encore énormément à dire, notamment sur la reproduction. Et je ne parle même pas de la morphologie… Domaine que j’ai à peine effleuré… Mon but était uniquement de vous faire penser un peu plus à ces petites bêtes et pourquoi pas vous faire débuter une passion, voire une spécialité à l’avenir.

PS : si vous êtes comme moi un gamer doublé d’un rôliste. Ne tentez pas de créer une potion de « renfort de vol à la tire » concocté avec des cadavres de libellules. Celle-ci ne fonctionne pas. J’ai tenté de l’utiliser sur une dame et je me suis pris une baffe car elle pensait que j’en voulais plus à ses fesses qu’à son porte-feuille. Échaudé par cette expérience, j’ai abandonné l’idée de réaliser une potion de « résistance à la foudre »…

Alchimie
Non, sérieusement les orteils de géant et la graisse de trolls fonctionnent bien mieux… (source : Skyrim, Bethedsa softworks)

Vous restez sur votre faim concernant l’étude des Odonates. tant mieux, ça veut dire que je vous ai donné le goût d’étudier ces petites bêtes. Voici une liste d’ouvrages et de liens pour débuter.

Pour en savoir plus (liste non-exhaustive) :

-Guide des Libellules de France et d’Europe, K. Dijkstra, édition Delachaux et Nietslé, 2015

-Cahier d’identification des Libellules de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, D. Grand et J-P. Boudot, édition Biotope, 2014

-Les Libellules de Belgique, P.Goffart et al., Gomphus et Région Wallonne, 2006

-Les Libellules, les Carnets du Naturaliste, Sébastien Renson, CNB, 2017

-Clé de détermination des exuvies d’Odonates de France, G. Doucet, Société Française d’Odonatologie, 2011

-Guide d’identification des Libellules de France, d’Europe septentrionale et centrale, Wendler et Nüb, Société Française d’Odonatologie, 1996

-La Hulotte des Ardennes N°13-1973 sur la libellule et N°21-1974 sur la mare (mais avec 8 pages sur les Odonates).

http://www.libellules.org/

https://tifaeris.wordpress.com/insectes/odonates/ (énorme blog je vous le recommande)

http://odonatas69.unblog.fr/cles-didentification-des-odonates/

 

Pour en savoir moins (liste encore moins exhaustive) :

-Closermag, numéro spécial « Céline Dion », mars 2014

-Voici, « Kim Kardashian fait un selfie avec son chien », août 2017

-Point de vue, « Les nouvelles photos de famille pour Maxima et Whilem-Alexander », juillet 2017

-Gala, « Angelina Jolie dans la tourmente », septembre 2011

-Femme actuelle, « Comment adopter la tendance Crop-Top », juillet 2017

-MaxxTuningMagazine, « Tou savouar sur lé spoilers de toi a riaire », daissanbre 2015

 

ALLARD Olivier

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Auteur : NatureLupineblog

Je rouspète, je râle,… sur le jardin, sur la nature, sur les gens,… Bref je dis pleins de choses sur mon blog mais toujours avec humour et avec passion

9 réflexions sur « Dragons volants »

  1. A reblogué ceci sur Spotjardin.comet a ajouté:
    cette jolie chose qui volète devant vous avec des belles ailes nervurées, est-ce une libellule ou une demoiselle ? Vous ne le savez pas, moi non plus mais grâce à notre ami Olivier, elles n’auront plus de secrets pour nous. Enfin presque plus parce que notre ami Olivier a beau fréquenter le beau monde, il n’en reste pas moins qu’on ne lui confie pas tout 😀

    Aimé par 2 personnes

  2. Bonsoir, article très bien fait et avec humour 😉 par contre si j’ai bien compris pour le cycle des odonates vous les comparez aux orthoptères et parlez d’hétéromatabole…Celà est vrai pour les ortho mais les odonates ne seraient-elles pas hémimétabole? bien à vous 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Léandre,
      bien vu. En effet, si on veut être ultra-précis: les odonates sont bel et bien des hémimétaboles étant donné que la larve est aquatique et l’adulte terrestre (comme chez les éphémères aussi). Mais les hémimétaboles font partis des hétérométaboles : ils se subdivisent en hémimatéboles et en paurométaboles (les orthoptères par exemple : le même milieu pour la « larve » que pour l’adulte). Pour le mot paurométabole, j’ai dû regarder sur wikipedia car je ne m’en souvenais plus 😉 J’avoue que je n’avais pas voulu entrer dans les détails dans l’article car ça commençait à devenir compliqué… Mais je vais rajouter ça.

      J'aime

      1. Pas de soucis 😉 je pensais qu’hémimétabole se trouvait « au même niveau » que hétérométabole parce qu’en dehors du fait qu’elles vivent d’en l’eau les caratéristiques de l’imago sont peu visibles sur les larves à l’oeil nu, le thorax n’est pas très marqué, l’abdomen à souvent une forme fort différent de l’adulte…. contrairement au ortho, ou un bébé criquet bein c’est comme l’adulte, mais en petit 😉 me voilà donc moins bête, et ça c’est bien 😉

        Aimé par 1 personne

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