Hortus Pocus ! [77]

Lorsque j’ai acquis jadis (enfin bon, il y a quatre ans quoi !) ma demeure dans la campagne hennuyère (dans le pays qui a fini troisième !). Celle-ci était sise sur une parcelle… euh… non non pas arborée… comment dire… terreuse voilà ! C’est le mot.

En effet, mus par une sourde allégresse à l’idée d’asperger la totalité de la surface avec tous les composés chimiques qui avaient l’insigne honneur de leur tomber dans les pattes, les précédents propriétaires avaient réussi l’exploit inouï de détruire le sol plus rapidement encore que l’agriculture intensive de base (pléonasme !).

Et finalement, avec le recul, je me dis que c’était formidable de repartir sur un désert biologique. Et bien oui, au lieu de partir de zéro comme la plupart des gens médiocres sans ambition, moi je suis parti de – 28 sur l’échelle de Bourguignon.

lunar-landscape-1978303_640
Voilà ! Là, il y a du challenge à faire un jardin naturel…

Quoi qu’il en soit, la première chose dont je me suis occupé a été de tenter une occultation partielle du somptueux paysage qui m’était donné de contempler jour après jour depuis ma « veranda-serre-plaine de jeu pour chats » : des champs morts à perte de vue.

J’ai donc planté à tribord sur toute la longueur du jardin une haie libre d’arbustes caduques et persistants dont les besognes principales seraient dans l’ordre :

1° Ne plus me faire déprimer au regard de ce spectacle désolant et agricole.

2° Nous prémunir du vent dont la force provient du fait qu’il n’est aucunement arrêté voire même ralenti sur environ vingt kilomètres (le premier obstacle étant sans aucun doute un building de la ville la plus proche).

3° Empêcher l’épandage intempestif de divers pesticides, herbicides ou infanticides, dont le fermier voisin dans sa grande mansuétude me fournit à intervalles réguliers en guise de présent ou en gage de sa bonne volonté à m’aider dans la réalisation de mon petit potager.

Sitôt plantés, ces arbres ont essayé vainement de pousser (et ils essaient encore). Tant est si bien qu’en à peine quatre ans, je ne suis arrivé qu’à obtenir une haie d’un mètre de hauteur. Le premier qui rigole, je lui balance une cornouille dans l’œil…

Étant donné les dons en nature de l’exploitant agricole limitrophe de mon terrain, j’ai préféré placer mes zones de production (potager, verger, mini-pépinière, …) dans des endroits plus protégés et plus éloignés de la frontière.

Et entre ces zones, tout au moins dans un premier temps, je n’ai rien fait. J’ai laissé faire. Et j’ai surtout contemplé l’évolution naturelle de ces petites surfaces laissées à la merci de la première plantouille venue.

Et là, vous vous dites sûrement « Mais on s’en fout… »

5505f8a77cdff
Mais attendez, j’y arrive !

Et vous avez parfaitement raison ! Mais toute cette petite histoire n’était là que pour introduire le vrai sujet de cet article :

Les Hortus

Alors ce ne sont pas des artefacts magiques dans lesquels ont insert une partie de son âme lorsque cette dernière est divisée en plusieurs parties (cfr: la 7ème Compagnie au Clair de Lune…), ce n’est pas non plus un énième groupe allemand d’Industrial Metal et encore moins un nouveau genre botanique inscrit dans l’APG IV…

7ecompa_1
Avada kedavra, chef !

« Hortus » veut tout simplement dire « Jardin » en latin. Jusque là rien d’insurmontable. On n’avait clairement pas besoin de faire cinq ans de latin pour sortir cette traduction… mais on n’en sait toujours pas plus…

C’est un concept qui nous vient d’Allemagne et qui repose sur une idée assez simple : créer un jardin naturel et accueillant pour la biodiversité tout en étant productif quand même (tant qu’à faire…). En réalité un Hortus est divisé en 3 zones :

1° Une zone tampon : c’est la couche externe qui fait… tampon avec le reste de la planète terre. C’est-à-dire une haie qui délimite tout le terrain sur 2 ou 3 rangs, plus si vous en avez la possibilité. L’objectif est clairement de protéger la surface de toutes les « attaques » extérieurs : vent, pesticides, attaque nucléaire, invasion de cracottes géantes, …

2° Une zone Hotspot : comprenez « Hotspot » de biodiversité. Ici, vous pouvez vous lâcher sur tous les aménagements qui viennent à votre petite tête pour améliorer le quotidien de la flore et de la faune de votre jardin : pierriers, poussiers calcaires, mares, prairie maigre fleurie ou carrément friche, spirale en pierre, sablière, mini-marécage, tas de bois mort, … (et j’en passe). En gros, on prépare les petits aménagements puis… on lâche tout et on attend. Et cela ne devrait pas prendre beaucoup de temps avant d’être colonisé. Le but avoué de cette zone est d’attirer (et de garder) les prédateurs naturels, les pollinisateurs, les régulateurs, … Toutes les petites bêtes qui pourront nous être utile pour la zone centrale, c’est à dire…

3° Une zone de production placée au centre : alors, moi personnellement dès que j’entends « production« , j’ai mes petits poils qui se hérissent. Je trouve que ça sonne trop « industrie » et surtout je trouve qu’il faudrait éviter le plus possible de tomber dans le travers à la mode à notre époque : « si ça ne se mange pas, alors ça ne sert à rien… » (cfr : Ça se mange ? Non ? Alors, ça ne sert à rien…) Mais on peut y faire pousser ce que l’on veut finalement. Le mot « production » étant laissé à la discrétion du jardinier. Des légumes, des aromates, des fruits bien entendu mais… pourquoi pas tout à fait autre chose comme des fleurs, des productions de vivaces, une pépinières, une cornouilleraie, …

téléchargement (2)
Bon faites gaffe avec les zones Hotspots car ça attire aussi de grands bipèdes… (source:hortus-france.org)

Voilà c’est aussi simple que ça un Hortus, sur le principe du moins. Reste évidement à adapter tout cela à la taille et la morphologie de votre jardin. Ici nous somme partis sur le principe d’un terrain plus ou moins circulaire ou carré mais nos jardins sont rarement aussi géométriques.

Par chez moi, vous l’aurez remarqué j’avais réalisé un hortus sans m’en rendre compte (voir plus haut) et je me suis arrangé pour placer les haies en périphérie, les zones de production plus ou moins dans le centre et les zones hotspots par petites poches un peu partout entre les deux.

On est loin des cercles parfaits mais ça fonctionne plutôt bien. L’idée étant de garder en tête de créer un maillage entre les différentes zones.

Pas besoin d’une grande surface pour se lancer dans cette aventure, même à peine quelques ares feront l’affaire. La zone tampon sera simplement réduite à sa plus simple expression.

Même sur un balcon, c’est tout à fait faisable. quelques petits arbustes en bac en guise de zone tampon, des petits Hotspots en bacs comme des fleurs mellifères ou des bûches percées pour les abeilles solitaires et les osmies et le tour est joué. Faites juste attention au poids des plantes et des pots. Soyez bien certain que la maçonnerie supportera de tels aménagements.

Si vous désirez en savoir plus, je vous invite à aller jeter un œil ou deux sur ce groupe Facebook Réseau Hortus France et cette page Hymenoptera Le Jardin Ecologique. Et aussi le site Hortus-France.

Et si vous vous en moquez totalement, je vous mets LE meilleur moment de cette coupe du monde (en tout cas pour moi qui n’aime pas trop le foot…) : Ippon !

 

ALLARD Olivier

 

 

Publicités

Auteur : NatureLupineblog

Je rouspète, je râle,… sur le jardin, sur la nature, sur les gens,… Bref je dis pleins de choses sur mon blog mais toujours avec humour et avec passion

7 réflexions sur « Hortus Pocus ! [77] »

  1. Salut Olivier !!
    ça me fait un peu penser quand j’ai commencé mon potager sur l’emplacement actuel. Cela faisait au moins 2 ans qu’il n’avait vu aucune plantation. C’était un mini-champ de pissenlits qui avaient une hauteur de 2m50 de hauteur. Si.. Si.. t’as bien lu 2m50. Je n’avais jamais vu cela de ma vie. T’aurais dit un champ de maïs vu la hauteur de ces
    asteracées .. Mdr.. Impossible d’utiliser une débroussailleuse tellement les tiges étaient épaisses (Certaines devaient faire 2 centimètres environs de diamètre voire plus), encore moins la tondeuse. J’ai fait venir un collègue (Qui est un de mes fournisseurs de tonte) pour lui montrer l’état des lieux de mon futur potager. La seule solution que nous avons trouvé c’était l’utilisation de la faux. Ni une ni deux nous nous y sommes mis de suite. Mon collègue fauchait pendant que moi je dégageais les très longues et nombreuses tiges au fur et à mesure pour qu’il puisse continuer à faucher. Pour l’anecdote beaucoup dont mon collègue qui est venu faucher m’avaient déconseillé de faire un potager sur un tel emplacement. Finalement j’ai bien fait d’aller jusqu’au bout de mon idée car je suis très content du résultat d’années en années. Mais quel boulot de romain !!

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Jean-Claude, as-tu par un heureux hasard gardé une photo de tes asteracées jaunes et hautes sur tige ? Et ou la faux (en fonction de la lame que tu utilises) vient à bout de tout. Et sans plus d’effort qu’une débroussailleuse contrairement à ce que j’entends et lis souvent. Par chez moi, je coupe les rejets et jeunes semis d’arbustes avec ma faux.

      Aimé par 1 personne

      1. Non malheureusement pas de photo d’aucune des deux. Ah j’avais oublié de préciser que les tiges étaient tellement épaisses que le manche métallique de la faux n’avait pas tenu le choc. Il s’était cassé. Mon collègue l’a ressoudé et est revenu le lendemain matin pour terminer le travail.

        Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s