Kobudo : des paysans guerriers [83]

« Une corde posée sur la mer »…

C’est la poétique description de l’île d’Okinawa dans l’archipel des Ryūkyū, perdue entre la mer de Chine et l’Océan Pacifique dans l’ombre de son encombrant cousin : le Japon. Une île peuplée de gens pacifiques. Ils ne sont que pêcheurs, agriculteurs, éleveurs, artisans, … malgré une terre volcanique trop pauvre pour en faire sortir quelque chose de conséquent. Une île paradisiaque avec ses chaînes montagneuses, ses forêts, ses plages, ses coraux et… ses typhons. Mais surtout une île qui suscita de tout temps la convoitise de ses voisins…

« Vous voulez dire qu’ils ne portent aucune arme. Je ne peux pas comprendre un peuple qui ne s’intéresse pas à la guerre… » Napoléon 1er, en exil sur l’île d’Elbe, lorsqu’on lui parla du peuple de l’île d’Okinawa en 1816.

Il y a bien longtemps, quelque part sur l’île d’Okinawa…

Le petit garçonnet, à peine plus grand qu’un tengu nain, courait à perdre haleine en agitant ses petits bras maigres au-dessus de sa tête. Il criait en direction d’un groupe de paysans s’affairant les pieds dans l’eau et le dos courbé à la plantation de jeunes pousses de riz.

Sofu ! Sofu !

Le vieil homme voûté par les âges, interpellé par son descendant, leva la tête et demanda :

Qu’y a-t-il Shō ?

-Des envahisseurs ! On nous attaque !

-Encore !, s’étonna le vieil homme, mais cela fait déjà la troisième fois cette semaine…

-Ben oui, Sofu, nous sommes déjà mardi.

-Qui sont-ils cette fois-ci ? Japonais, maltais, chinois, coréen, Philippins ? Des pirates peut-être ?

-Non, des suisses.

-Des suisses ? Comment ça ?

-Oui, les Suisses en ont marre qu’on ne parle jamais d’eux dans l’Histoire militaire alors ils ont profité de cet article pour venir jusqu’ici nous attaquer.

-C’est vraiment devenu n’importe quoi ce blog…

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L’île d’Okinawa a, dans son histoire, toujours été le théâtre de conflits. Mais hélas, comme je le disais plus haut, les okinawaiens n’avaient pas réellement de culture militaire (encore que… c’est sujet à discussion). Et que fait-on lorsqu’on doit défendre sa vie, celle de ses proches et son bout de terrain mais qu’on n’a pas la chance d’avoir un sabre ou une lance ? Et bien, on prend ce qu’on a sous la main et on se débrouille comme on peut. A savoir, les outils du quotidien. 

Avant toutes choses, et pour les puristes, notez bien que je ne parlerai ici que du Kobudo de l’île d’Okinawa et non pas celui de l’île d’Honshu qui, résultant d’une éducation martiale d’élite, enseignait l’art du sabre, de la lance et du bâton (Jo et Bo) ainsi que diverses techniques à mains nues rappelant fortement l’Aiki-jutsu.

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Kobudo, si vous avez fait Japonais horticole deuxième langue, veut tout simplement dire « Voie de l’art martial ancien », autrement dit ça ne veut pas dire grand-chose. C’est la raison pour laquelle, il existe quelques courants épars qui partent un peu dans tous les sens : les 3 courants principaux sont les deux précédemment cités et celui de Motobu Ha qui est en réalité le kobudo d’Okinawa mâtiné d’un zeste de lames chinoises. Restons donc aujourd’hui sur celui qui nous intéresse le plus.

Des nombreux outils du quotidien pouvant servir « à savater la tronche de son ennemi », le kobudo traditionnel évolua pour n’en garder que les plus efficaces, scindés en deux parties : les arts majeurs et les arts mineurs. Je ne vous servirai ici qu’une petite sélection issu des arts majeurs. Encore une fois, pour les kobudo-ka, ne paniquez pas si je ne parle pas d’une obscure technique que tout le monde a oublié mais que vous pratiquez tous les dimanches avec votre beau-frère dans votre garage… 

  • Le Nunchaku : une arme casse-coucougnettes dans le sens littéral du terme. Tout ceux qui ont un jour joué avec cette arme comprendront ce que je veux dire ! (Nota bene : il en existe des formes d’entraînement en mousse. Je vous les recommande si vous voulez vous reproduire par la suite et/ou garder le lustre de Tata Simone intact). Popularisé chez nous dans les années septante par un certain Petit Dragon-Bruce Lee (étonnamment!), le nunchaku n’était en réalité à la base qu’un simple fléau pour battre le grain. Il en existe divers modèles à deux, trois ou quatre sections mais le plus célèbre et utilisé est bien évidemment le modèle à deux sections et bois courts illustrés ci-dessous.

  • Le Tonfa : sa forme doit vous rappeler quelque chose… Évidement, c’est la matraque de toutes les polices du monde (mais en bois!). Pour la petite anecdote, William Shatner et les autres comédiens de la série « Hooker » prirent des cours accélérés de maniement du Tonfa car cette série se voulait pacifique et avait pris le parti de ne quasiment jamais sortir d’arme à feu donc vous pouvez y voir nombre de techniques d’immobilisation à l’aide de la matraque-tonfa assez soft pour les « bandits » (une série des années 80′ quoi ! Maintenant, on a Game of Thrones…). Le Tonfa en tant qu’outil n’était qu’un simple manche en bois utilisé pour actionner des meules à broyer le grain. Ce petit bout de bois est clairement une arme de… karatéka. Paradoxalement car le karaté est l’art de la main vide. Même si dans « vide » nous devons plutôt comprendre vide de toute forme d’agressivité, de méchanceté, … Bref ! Un côté Jedi ou bouddhiste c’est selon… Je dis que c’est une arme de karatéka simplement pour l’utilisation que l’on peut en faire pour certaines attaques (des Tsukis : les coups de poings) ou certaines défenses (Gedan-baraï, Age-uke, Soto-uke, …) qui permettent de travailler avec énormément d’efficacité avec un Tonfa. Imaginez un instant un « coup de poing » prolongé par un bout de bois dont seul le bout rond touchera votre adversaire. Toute la force concentrée sur une seule petite surface ! Inutile de préciser que cela peut faire pas mal de dégâts. Surtout avec la rapidité d’un pratiquant régulier car Ec = 1/2 mv². En résumé, si vous doublez la force (donc aussi la masse m) vous doublez l’énergie (l’impact). Si vous doublez la vitesse (v) comme celle-ci est au carré, vous quadruplez l’impact. Si vous la triplez, vous multipliez par neuf l’impact final. Ne soyez pas puissant, soyez rapide !

  • Le Saï : cet outil ressemble à une grosse fourchette pour géant mais n’était en réalité qu’un plantoir pour le riz. Selon d’autres sources toutefois, il se pourrait que le saï a toujours été une arme de protection, notamment pour des moines en voyage. En tant qu’arme, on s’en servait pour planter le pied de son adversaire au sol, ce qui doit être redoutablement efficace. On pouvait le lancer parait-il mais je garde un sérieux doute sur l’équilibre du saï pour cette utilisation. Sinon, utilisé par paire, c’est aussi un bon outil de défense, capable de désarmer un jeune samouraï pas trop doué ni top vif d’esprit… Il existe de nombreux saïs différents mais le plus utilisé reste celui de la photo ci-dessous. Bien que j’en possède moi-même une paire (oulà ! Cette phrase peut être mal interprétée…), je n’ai jamais travaillé avec. Ils ne servent pour l’instant que de décorations (au même titre que mes katanas « chinois » d’ailleurs).

  • Le Kama : Qui a dit « Sutra » ? Les kamas, même tout en bois, sont pratiquement introuvables sur le marché. Parfois, en surgit-il du néant une paire sur internet. Le Kama était tout simplement une faucille avec un manche en bois très court et une lame courbe. Dorénavant nous ne trouvons plus pour l’art du kobudo que des kamas tout en bois. J’ai des difficultés de vous en parler car je n’en ai même jamais eu en main et donc je ne peux même pas vous en faire la réclame… 

  • Le Bō : donnez un bâton à un enfant ou un vieillard qui n’a jamais fait d’arts martiaux de sa vie et regardez ce qu’il se passe… Ils savent tout de suite s’en servir. Ils le tiennent convenablement et font des mouvements tout à fait corrects. C’est probablement l’arme la plus intuitive et la plus simple de notre civilisation. Cette grosse brindille, d’une longueur et d’une section variable, semble si simple mais est pourtant si efficace. Ce n’est même pas un outil, juste un bâton qui traînait par terre et que l’on a ramassé. C’est l’arme du kobudo que je préfère (juste avant le tonfa). En plus, on peut y ficher au bout un saï…

  • Les arts mineurs : ils comprennent la machette (Seiryuto), la rame (Eiku), la houe (Suburie), une sorte de « poing américain » (Tekko), une carapace de tortue formant bouclier (Chimbe), la chaîne (Suruchin), … La connaissance des techniques de combat des ces arts se perd au fil des siècles et bien rare est le grand maître encore en vie qui serait capable d’en montrer les prémices…

Sip with Me
En haut à gauche : deux paires de saïs, en haut à droite : petit aperçu des nombreux armes-outils du kobudo. Au centre à gauche : des tonfas et à droite : des kamas traditionnels. En bas à gauche : une série de nunchakus traditionnels et à droite : le travail au Bo. 

Voilà un tout petit aperçu de ce que peut réaliser un groupe d’individus que l’on pousse à bout et dont on menace la vie au point de sortir des armes de leur chapeau (ou presque). 

Ne voyez-vous pas un parallèle avec notre monde actuel ? On nous empoisonne, on nous vole nos terres et notre argent, on nous abrutit, on nous réduit à l’esclavage, on nous détruit notre planète et tout ce qui y vit pour des prétextes stupides. La démocratie et l’égalité des Hommes n’est qu’un leurre. Nous sommes revenu au Moyen-Age. Les nobles et puissants ayant simplement changé de nom.

Bref ! On nous attaque de toutes parts. Alors, défendons-nous !

J’ai beaucoup de mal avec ce qui se passe en ce moment à continuer à me montrer pacifiste et j’ai souvent un sourire narquois lorsqu’on me sort des « ceux d’en face (chasseurs, multinationales, puissants, …) sont plus forts que nous. Nous ne pouvons rien faire… » Bien sûr que si ! On peut les terrifier. Cela devient l’unique solution pour en finir avec cette bataille perdue d’avance si on reste assis à ne rien faire et attendre la suite. Nous sommes peut-être moins bien armés qu’eux mais nous sommes plus nombreux… Je ne vous pousse pas à prendre les armes et à aller massacrer tout ce qui dépasse. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit mais souvenez-vous de l’Histoire.

« Si tu penses que la violence ne résout pas les problèmes, c’est que tu n’as pas frappé assez fort » Pierre Desproges.

N’allez pas croire que combattre et se défendre par ses propres moyens n’était que l’apanage des orientaux. Nous-mêmes, dans l’histoire, avions conçu des techniques efficaces avec des outils agricoles. Au moyen-âge, certains bataillons entiers n’étaient finalement constitués que de paysans équipés de fourches, faux ou fléaux… La révolution française n’a démarré que par une poignée de pauvres types armés d’outils. Méditez bien là-dessus…

Kaamelott-Révolte-Guethenoc

-Wowowo ! Médimétéfou ! Tu ne peux pas dire ça et le balancer sur internet !

-Mais euh… Pourquoi ?

-Tu ne te rends pas compte. Tu vas avoir trois ou quatre clampins qui vont prendre au mot ton « terrorisme vert » et foncer tête baissée, armés seulement d’une houe et d’une serfouette sur des CRS ou des chasseurs.

-Mais non… Mes lecteurs savent faire la part des choses. Et puis Nicolas Hulot a bien fait une sortie où il appelait à faire « péter des trucs »… 

-Oui, mais ça ne compte pas… Il était saoul comme une vache quand il a lancé ça… 

-Pas faux… De toute manière le plus efficace pour la révolution, reste clairement la grelinette…

 

ALLARD Olivier 

 

Pour en savoir plus…

Bibliographie :

Kobudo, les armes d’Okinawa de Roland Habersetzer, édition Kohai, 2011

Encyclopédie des Arts Martiaux de l’Extrême-Orient de Roland Habersetzer, éditions Amphora, 2004

Kobudo d’Okinawa de Kenyu Chinen, Budo édition, 2018 (ressort ce mois-ci !)

Karaté et Kobudo à la source de Jean-Charles Juster, édition Culture d’Asie et d’Okinawa, 2016

Le site d’Oshukaï qui explique beaucoup de choses sur le Kobudo d’Okinawa

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter les fédérations de karaté et arts martiaux associés de vos régions ou pays qui se feront un plaisir de vous conseiller et de vous aiguiller vers le dojo le plus proche. 

 

 

 

 

 

 

 

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Auteur : NatureLupineblog

Je rouspète, je râle,… sur le jardin, sur la nature, sur les gens,… Bref je dis pleins de choses sur mon blog mais toujours avec humour et avec passion

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