Rosa, Rosa, Rosam, Rosae…[96]

Mon jardin est jeune… et laid. Il faut bien le reconnaître. Par-ci, par-là une belle plante accompagnée d’une jolie sauvageonne tente tant bien que mal de nous offrir un tableau photogénique. Et encore en gros plan uniquement. Mais pour le reste… Il est un peu morne et ordinaire. En un mot, il me semble tout à fait acratopège  (ça fait depuis que je suis tombé sur ce mot que je rêve de le sortir quelque part, c’est désormais chose faite).

Je crois que nous avons tous connu ça un jour, enfin des années à vrai dire… Hein ? Non ? Rassurez-moi !

Cela fait seulement quatre ans que je m’échine à planter des bouts de branchouilles. Ces brindilles finissent par devenir baguettes mais… c’est long. Heureusement que les bouleaux, saules, sureaux ou autres aubépines, …. venus tous seuls comme des grands, sont là pour donner le change et créer un peu de volume, à défaut d’ombre…

Pour les massifs de vivaces, je ne m’en suis occupé que cet automne dernier seulement. Elles poussotent et fleurissent, certes, mais rien de spectaculaire encore. Patience ! Et je ne parle même pas des couvre-sols, dont je n’ai seulement débuté la plantation que ce printemps.

Et pourtant, je vois de visu et virtuellement tous ces beaux, que dis-je, ces somptueux et luxuriant jardins chez mes fréquentations jardinières. Un monde chlorophyllien foisonnant, ponctué d’une marée jaune, orange, rose, bleue, rouge, … Cela fait rêver. Vous me faites rêver !

Et pour rêver, il me faut parfois me plonger dans des livres inspirants… Tiens au pif, ces deux-là qui traînent sur mon bureau : « Roses » et « Des compagnes pour mes roses ». Ma foi, pourquoi pas, je n’y connais rien aux roses. Enfin, juste le minimum syndical…

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Ça parle de roses… Un peu…

« Oh Diantre ! » « Oh Fichtre ! » « Oh Palsembleu ! »

De page en page, je finissais par me dire dans le creux de l’oreille de mon cerveau (oui, ce n’est pas facile à réaliser, il faut un peu de souplesse) que j’avais peut-être loupé quelque chose…

Avant d’acheter mon terrain avec le tas de briques et de tuiles construit dessus, je ne comprenais guère l’engouement des gens pour les roses. N’y voyant pour ma part que des fleurs d’un temps révolu. Des plantes chétives et méphitiques, tristes et piquantes, à l’odeur persistante de parfum bon marché… Il aurait fallu me plaquer un pistolaser sur la tempe pour que je daigne ne serait-ce que jeter un regard sur un rosier.

Mais… le jardin a décidé de mes goûts à ma place. Comme d’habitude d’ailleurs… Voilà qu’il se met sans autre forme de procès à me proposer l’un ou l’autre Rosa canina et quelques Rosa agrestis, de simples églantiers en somme. Des grattes-culs ! Remplis de bestioles en tout genre, d’une vigueur à faire pâlir un bambou et munis d’un végétation désordonnée comme j’aime une plante.

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S’ensuivit insidieusement des semis spontanés de rosiers… Un petit rouge fleurissant bien à l’ombre d’un lilas et d’une aubépine (quelle idée de se cacher si bien !)  Un petit rosier croulant littéralement sous une masse de fleurs doubles et blanches surgissant étonnamment d’une haie de buis. Et un rosier grimpant aux énormes fleurs écarlates au parfum capiteux particulièrement effrayant dans sa force de pousse, reconnu par une spécialiste (tiens, je me demande si elle a un rapport avec les deux livres ?) comme se prénommant ‘Guinée’. Bon, lui, je le soupçonne d’avoir été insidieusement planté par le précédent propriétaire.

Sip

Je me suis alors rendu compte que ma terre et mon micro-climat aimaient les rosiers qui semblaient s’y épanouir bien mieux que mes chers cornouillers.

Plus grave encore, je commençais moi-même à tomber sous le charme de ces plantes si attachantes (dans le sens premier du terme…). Et sans réellement m‘en rendre compte, j’en commandais trois : Rosa glauca, un charmant « botanique » au feuillage bleuté et aux fleurs simples d’un rose soutenu d’un cœur blanc. ‘Jaune Citron’ qui, bien que possédant l’un des noms les plus nuls de la chrétienté horticole, me ravit d’une floraison jaune… citron (ah zut !) qui se marie particulièrement bien aux fleurs mauves des Geranium pratense. Vous le savez, je suis fou de la couleur jaune, et je songe très sérieusement à épouser cette plante. Et ‘Life Force’ qui fleurit… euh… rose… non jaune… ou plutôt… Enfin bref, il est splendide au milieu de mes sauges et de mes stachys.

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Mais que faire alors ?

Avouer publiquement que j’apprécie désormais les roses autant que mes Cornus, mes Viburnums et mes Hydrangeas ? Non, je ne pourrais m’y résoudre. Si la plupart de mes connaissances, Isabelle en tête, s’en rendaient compte, elles vont m’embarquer dans cette folie. Je me perdrai dans les roseraies, chez les rosiéristes, …

A vous, ça va, je peux me permettre de vous le dire, car je sais que mon secret sera bien gardé.

Et c’est perdu dans ces deux livres cités précédemment et dans des catalogues en ligne, que j’entrepris discrètement seul et durant la nuit, de lister mes futures achats et plantations d’automne. Des grimpants, voire des lianes pour égayer un peu les gros saules marsault qui, bien que faisant admirablement leur job (volume, ombre et nourriture des abeilles au printemps), ne « cassent pas trois bractées à un Cornus kousa ». Des « sauvageons » pour combler les trous et apporter des fleurs et des cynorhodons à la haie libre. Des blancs pour le coin des Hydrangea paniculata (selon Mr. X, ils peuvent d’ailleurs aider à maintenir les inflorescences de ceux-ci) et quercifolia. Des roses, parce que je n’ai pas grand chose de rose dans le jardin, mis à part quelques fleurs indigènes. Des mauves parce que… pourquoi pas après tout. Un Rosa viridiflora, pour le fun… Et… des jaunes et des oranges partout !!

‘Pilgrim’ ‘Ghislaine de Féligonde’ ‘Scepter d’Isle’ ‘Belle de Sardaigne’ ‘Chapeau de Napoléon’ (juste pour l’Empereur !) ‘Old Blush China’ ‘Golden Celebration’ ‘Tapis Volant’ ‘La Feuillerie’…

Et j’en passe…

Tant de noms que je m’efforcerai rapidement d’oublier car je n’ai aucune mémoire pour les variétés. J’ai en effet une mémoire sélectif dans le mauvais sens, je me souviens de choses aussi inutiles qu’une date d’un décret qui n’a rien changé au cours de l’Histoire ou la liste des 120 premiers ‘Bob Morane’. Mais les noms des gens et des plantes…

Quoi qu’il en soit, j’attends dans vos commentaires, les noms de vos variétés préférées.

Didier Willery aime à rappeler qu’il « aime les rosiers et non les roses ». Et pour une fois, je suis entièrement d’accord avec lui. Je me rappelle des vieux rosiers de « bobonnes » de mon enfance, tout bas sur pattes avec une énorme fleur à la vulgarité ostentatoire et écarlate sur une tige grêle et dénudée qu’il fallait ratiboiser tous les ans. Il ne faut pas se demander d’où me provenait cette réticence concernant le genre Rosa… Ceux-là, bien évidement, je ne peux les sentir en peinture. Mais les 99,99 % qui restent… en fait, j’aime bien. A condition de choisir un rosier et non la rose. Car c’est un tout ! Et ces arbustes doivent posséder des qualités que je recherche habituellement chez les autres genres :

  • Etre résistant à tout ou presque : climat comme maladie. Et c’est désormais souvent le cas des rosiers en vente de nos jours.
  • Pousser ! C’est ce que je réclame d’une plante, qu’elle pousse. Point. Et les rosiers poussent chez moi, souvent à vue d’œil…
  • Attirer les bestioles. Pour ça, pas de soucis, les rosiers attirent un nombre incalculable d’insectes, d’araignées, d’oiseaux, de micro-mammifères, …
  • Etre beau selon mes critères : c’est-à-dire s’insérer harmonieusement dans un jardin au style champêtre et naturel. Exemple : Araucaria ? Non. Viburnum plicatum ? Oui.

Si certains rosiers combinent ces quatre points, auxquels on pourrait rajouter une floribondité durable, voire remontante, et de charmantes fragrances, je pourrais me laisser facilement attendrir. Comme quoi, et je l’ai déjà dit, il ne faut jamais dire jamais… Surtout au jardin…

 

ALLARD Olivier.

 

 

 

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Auteur : NatureLupineblog

Je rouspète, je râle,… sur le jardin, sur la nature, sur les gens,… Bref je dis pleins de choses sur mon blog mais toujours avec humour et avec passion

18 réflexions sur « Rosa, Rosa, Rosam, Rosae…[96] »

    1. Ah oui, ‘Hugonis’ j’y avais déjà pensé. ‘Single cherry’, je ne le connais pas bien mais il a l’air très florifère. PS : ne seriez -vous pas par hasard la Malorie qui était sur le stand ‘Promesse de Fleurs’ le vendredi à la fête des plantes de Beervelde ?

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      1. oui j’étais l’un des deux vendeurs, le plus jeune avec une barbe et une longue tignasse. je me disais bien que vous deviez être une blogueuse, mais je n’ai pas eu le temps d’en demander plus.

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  1. Bienvenue au club!
    Mes préférés sont les hybrides Moschata, parfaits pour un jardin naturel. J’en suis amoureuse.
    Alden Biesen, Autumn delight, Annelies, Ballerina, Buff Beauty, Diamant rose, Guirlande d’Amour, Neige d’été, Petite de Terre Franche, Puccini… et tous les autres (que je ne possède pas encore)…
    Voir le catalogue de Lens rose par exemple.
    Bon dimanche

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  2. En plus de ceux cités plus haut, j’ajouterais Thérèse Bugnet et Martin Frobisher : 2 canadiens c’est dire si ils résistent à nos hivers (quand il y en a), ils poussent à vue d’œil et Thérèse a la particularité d’avoir de tiges rouge/brun l’hiver.

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  3. je suis sous le charme de « Albertine » :grimpant à petites fleurs toutes chiffonnées , créé en 1921 , non remontant , mais terriblement vigoureux croulant de fleurs en juin juillet(rose corail) , et au parfum ❤ ❤ ❤ subtil , délicat mais envoûtant . Je l'ai "ressuscité"dans un jardin autrefois , à proximité de l'arboretum de
    Segrez (Proust y avait séjourné une nuit et avait laissé un magnifique hommage au lieu , "Albertine"ayant été baptisée en l'honneur de Proust , sa place était toute trouvée) il avait été planté en 1921 , je l'ai retrouvé dans les années 80 , tout chétif sous la végétation , une fois à la lumière , il a retrouvé toute sa splendeur .

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  4. Pour ma part j’adore Desdemona de David Austin, Acropolis qui a une teinte très particulière, changeante et je suis tombée sous le charme de Marie Curie qui a un parfum merveilleux. Il y a tellement de beaux rosiers… mais je manque de place… J’en ai tout de même 28 dans mon petit jardin.

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  5. J’aime bien regarder ce site qui est un vrai lieu de perdition pour les amateurs de roses… 😉 http://www.filroses.com Leur descriptif est très complet et il me permet souvent d’affiner mes choix quand je cherche de nouveaux rosiers. Ils ont aussi un rosier grimpant Pierre de Ronsard blanc qui est de toute beauté, je l’ai au jardin.

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