Asterman VS Cornus Boy : le jardin d’Astrée [HS]

J’exerce finalement l’un des plus beaux métiers du monde. A mon sens en tout cas. J’écris sur les plantouilles, la nature et le jardin. Et de temps à autre, on m’envoie chez un jardinier réputé pour diverses raisons.

Voilà pourquoi, je me suis retrouvé cette semaine dans le jardin d’Astrée de Stéphane Decriem alias « Asterman » à Haverskerque dans les « Hauts-de-France ».

Je fus particulièrement bien accueilli par le maître des lieux dont nous partageons d’ailleurs divers points communs : même coiffure, même humour, même terre argileuse (ou presque) et même amour pour les plantes. En plus, pour les plantes du moins, nous semblons posséder pratiquement les même goûts.

Le jardin ne ressemble en rien à ce que j’imaginais avant de lui téléphoner. On m’avait chaudement recommandé Stéphane pour sa collection d’Asters. Mais vous le savez, je n’apprécie guère les jardins de collectionneurs… Entendez par là des roseraies qui ne contiennent que des roses pour prendre un exemple parmi tant d’autres. Même moi qui suis un mordu de Cornus, si on me présentait un arboretum uniquement composé avec ce genre, j’en serai malade…

Mais Stéphane m’avait rassuré dès le premier contact téléphonique : « vous savez, c’est un jardin très nature », m’avait-il sorti, presque sur un ton d’excuses. Il ne pouvait savoir que c’est justement ce type de jardin que j’apprécie.

Et effectivement, c’est bien le cas ! J’emploierai pour l’occasion une belle expression d’Eric Lenoir pour le jardin d’Astrée : c’est un jardin empreint de sauvagerie.

Les massifs, les bosquets, le sous-bois, la grande mare… tout cela semble avoir été orchestré par la nature elle-même. Pourtant, c’est bel et bien le jardinier qui a organisé tout ce charmant fouillis, tout en laissant la plupart du temps ladite nature vaquer à ses occupations. Après tout, les plantes se débrouillent seuls dans la nature depuis des millions d’années : n’oublions jamais cela… Pas d’intrants ni chimiques ni autres depuis vingt ans et un travail uniquement manuel sans aucune machine thermique. Et pourtant, il a des haies, des arbres, une partie de pelouse… il est donc la (deuxième) preuve vivante que nous n’avons pas besoin de tout cet outillage de kéké. Quoi qu’en pense mon voisin, abonné sans aucun doute à Tronçomagazine

On y retrouve des arbres et des arbustes horticoles comme indigènes. Des vivaces y côtoient des semis spontanés de sauvageonnes. Des potées fleuries s’immiscent entre les cagettes de petits godets et…

Ah mais oui, je ne vous l’avais pas dit ! Stéphane Decriem est aussi, et surtout, pépiniériste à ses heures perdues (enfin « gagnées » devrais-je dire !). Et il a eu l’idée fabuleuse d’incorporer sa « marchandise » dans le jardin comme si les petits pots faisaient partie intégrante des massifs ou du bord des allées. On ne vient donc pas chez lui comme dans une jardinerie habituelle mais on visite avant tout un jardin dans lequel on s’arrête de temps à autre sur une étiquette en s’exclamant : « bon sang de bois, je ne l’ai pas encore, il me la faut ! »

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Ici, on voit un peu l’étalage de godets…
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Mais ici auriez-vous pu le dire ou pensiez-vous que ce n’était qu’une bordure de sedums ?

C’était la première bonne idée que j’aperçus en arrivant. Mais je n’étais pas aux bouts de mes surprises…

Les bonnes idées de Stéphane

Les plantations en pots

J’avais déjà eu un petit truc qui me trottait dans la tête depuis que j’ai visité le jardin d’Isabelle Olikier-Luyten (et vu en photo les pots bleus de Fabienne, une amie commune) : son jardin étant relativement petit, elle doit user de toute sa ruse pour y insérer le plus possible de plantes. D’où un foisonnement de contenants de tout bord desquels surgissent tantôt des vivaces, tantôt des arbustes, tantôt des annuelles, … Chez Stéphane, malgré un jardin sensiblement plus grand (20 ares !), on aperçoit pas mal de potées aussi. L’idée est là plus de changer facilement de décor ou de combler des manques saisonniers dans les massifs. Je parlerai plus tard de sa « sélection » de plantes mais je repars de chez lui avec des idées précises de vivaces à placer en pot pour égayer les parties vides de mon propre jardin : les allées dallées et bétonnées notamment ou certains endroits « incultes« . Des hostas, des fougères et des heuchères pour l’ombre. Des sédums et des graminées pour le soleil. Rien de très original, je vous l’accorde. Mais c’est beau, trouvable facilement et résistant. C’est ce qui m’importe le plus.

Avant de continuer, je vais instaurer un système d’accord parental pour la suite de l’article (ainsi que pour le reste des articles à venir). Je sais que, désormais, une bonne partie de mes lectrices et lecteurs sont des jardiniers dont les styles et les goûts différent fortement (auparavant, j’avais surtout des naturalistes). Pour les plus sensibles d’entre vous, je vais donc créer le carré vert pour « déconseillé aux jardinières et jardiniers trop sensibles« . Dès que vous verrez apparaître ce carré vert, vous serez donc prévenu que ce qui suivra ne parlera pas de « tonte de pelouse et arrachage d’adventices » mais plutôt de « carré d’orties et bosquet de ronce » (mais si vous savez,  le film d’horreur de Wes Craven)

Le tuteurage « sauvage » (carré vert)

Stéphane n’est pas un fou de tuteurage non plus, il laisse « traîner » quelques asters par terre par exemple. Ce qui permet finalement une belle floraison à différents étages. Mais lorsqu’il a tout de même besoin d’un tuteurage, il emploie de la ficelle, des ganivelles pour maintenir un buisson de vivaces (jusque là tout va bien) ou… – et là, même moi j’ai été surpris – des tiges d’églantiers ou de ronces. Et oui, carrément ! Il suffit de guider une de ces tiges autour de la plante à maintenir et d’accrocher le bout sur un arbuste plus rigide, un bout de barrière ou un blogueur qui passait par là. Et le tour est joué !

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Regardez ! Là tout va bien…
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Et là c’est : Yolooo ! N’empêche, cela fonctionne plutôt bien tout en restant très discret.

Le mulching de bonhomme (oulà, carré vert aussi!)

Je me voyais comme un badboy avec ma technique de « j’arrache une petite plantule de temps en temps mais je la découpe et je la remet sur le sol… » Comme je suis mignon… Non, les vrais bonhommes, eux, mulchent avec des branches entières coupées au sécateur. Celles-ci sont utilisées un peu dans les massifs ou bosquets mais, surtout, pour couvrir les allées. Une excellente idée qui permet d’obtenir une allée cheminable tout en améliorant petit à petit le sol en apportant du carbone et de l’azote. Au niveau visuel, ce n’est visible que quelques jours en fonction des essences, par la suite tout prend une belle couleur marron qui se fond dans le décor. J’ai d’ores et déjà piqué la technique pour mes allées dans le nouveau sous-bois.

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Ce n’est pas laid et c’est utile !

Jardins d’essais pour plantes badass (carré vert clair…)

Stéphane a démarré le jardin, il y a une vingtaine d’années. Il a commencé, comme tout le monde, à planter des arbres pour structurer le jardin : notamment des Saules pleureurs, des érables, des conifères qu’on lui avait donnés… Puis il s’est lancé, comme tout le monde, à planter des tonnes et des tonnes de plantes issues de jardinerie ou de pépiniéristes. Et, comme tout le monde, il en a perdu les trois quarts… (enfin, pour ma part ça va, ma pingrerie légendaire a limité les dégâts lors de mon installation) Car, chaque sol, chaque micro-climat, chaque plante et finalement… chaque jardinier est différent. Tant et si bien que Stéphane a transformé son jardin en jardin d’essai. Sa méthode de jardinage, encore atypique il y a quelques années, nécessite des plantes très résistantes, qui se débrouillent et se multiplient seules et sans trop d’intervention. Alors, il tente, il expérimente. La première vit bien, la deuxième tire la tête. Basta ! On plantera en masse la première. Une variété s’est ressemée partout ? Parfait, plus besoin de s’en occuper ! L’idée est donc de fuir comme la peste les plantes chochottes ou qui n’ont rien à faire dans ce type de jardin.

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Remarque en passant… Jardin naturel ne veut pas dire négligé ou bordélique ! Comme l’atteste cette vision du jardin. (scrogneugneu !)

Multiplication à foison (c’est bon, vous pouvez revenir…)

Pour son métier mais aussi parce que c’est amusant tout simplement, Stéphane sème, bouture, marcottte, divise… tout et n’importe quoi ! Comme nous tous probablement car c’est l’une des occupations les plus gratifiantes au jardin. Je n’ai pas compté les dizaines de pots qui s’entassaient devant mes yeux. Les étiquettes indiquaient parfois (non, souvent!) des noms d’arbustes ou de vivaces qui attiraient automatiquement mon regard. J’étais comme un enfant dans un magasin de jouet…

Taille en transparence

Les arbres et les arbustes, c’est bien et c’est beau ! Lorsqu’on voit à travers pour découvrir le reste du jardin, c’est encore mieux ! Voilà pourquoi, Stéphane est aussi un adepte de la taille en transparence. Histoire de libérer le regard, d’atténuer la sensation d’étouffement quand les arbres sont trop touffus. Cette taille permet aussi d’apporter de la lumière et de l’eau aux plantes du dessous. Et cette simplification de la ramure réduira aussi le risque de maladie ou de bris de branches. Si vous ne vous en souvenez plus, j’avais écrit un papier sur le sujet : Penser arbre, Daniel San !

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On voit Stéphane tourner autour de son noisetier « transparent ». Et donc, par conséquent, on voit aussi ce qui se passe derrière…

Les cornouilles

Souvenez-vous… J’avais accordé aux Jardins Aonema de Francis Peeters et Guy Vandersande : 4 cornouilles et demi. C’est ma cotation à moi. Mon guide Duchemin des jardins.

La cornouille de Zamak plaqué correspondait à un jardin empreint de liberté, sans prise de tête, où le végétal et roi… et non le jardinier. C’est le cas au jardin d’Astrée, je lui accorde donc déjà cette première cornouille bien méritée.

La cornouille de mithril correspond au fait qu’un jardin doit pouvoir nous montrer quelque chose en toute saison. Si on écoute Stéphane et si on farfouille dans son jardin, on se rend compte que, bien que l’automne est sa saison préféré (il n’est pas le seul…), le jardin est fleuri ou coloré de janvier à décembre. Hop ! Deuxième cornouille dans sa besace !

La cornouille d’ébonite : y a-t-il de la vie dans son jardin ? Oui ! Bien entendu et pas qu’un peu, ma bon’dame ! La mare accueille des dizaines de grenouilles et de tritons, les libellules ne sont pas en reste… Stéphane a recensé cette année pas moins de 42 espèces de papillons diurnes différents  dont un Flambé et un Grand Mars Changeant. Un expert en octopatounes (les araignées !) est venu chez lui une fois pour en observer. On voit et on entend pas mal d’oiseaux. Et des crottes de hérisson atteste de sa présence. C’est donc une bien belle et flamboyante cornouille d’ébonite que j’attribue à son jardin.

La cornouille d’Adamantium doit être décernée à un autre fou de cornus. C’est souvent par là que les jardiniers perdent des plumes dans ma cotation mais… pas Stéphane qui en possède plus que mes doigts de mes deux mains. La quatrième cornouille est pour lui.

En dernier, le bonus : la cornouille de croquette symbolisant le gardien du jardin à griffes et moustaches. Oui ! Un chat, bien qu’apathique ou très fatigué, est bel et bien présent. Au total, la même note que pour le jardin Amoena (avec mention spéciale pour l’ébonite!) : 4 cornouilles et demi. Bravo et félicitations ! (tiens, il devrait peut-être afficher ça sur sa barrière à l’entrée…)

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Une belle panorpe, une magnifique mare habitée, des cornus à foison et… un chat qui n’a pas daigné se réveiller pour me dire bonjour 😦

Fous d’Asters

(et non pas Fred Astaire ! : cette vanne est de Marc Lucas, je cite mes sources…)

Notre présentation aurait pu se résumer comme suit : « – Bonjour, moi c’est Cornus Boy ! -Enchanté, je suis Asterman ! » Vous l’aurez compris Stéphane est un dingue d’Asters (mais pas seulement d’ailleurs). Il en a partout et on est rapidement perdu dans les variétés (et même dans les espèces parfois…). Hélas, pour moi qui les adore aussi, ils n’étaient pas encore en fleurs. Pas grave, cela me fournira une excuse pour revenir. Je vous sers tout de même, quelques floraisons précoces.

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Conclusion

Je repars de chez Stéphane Decriem avec deux plantes qu’il m’a jeté dans les bras (un Euonymus americanus et un superbe aster que je vous présenterai bientôt), des tas d’idées pour mon jardin, un bel article en perspective, une envie folle de revenir pour voir ses asters en fleurs et la conviction que je ne suis pas seul à jardiner comme je jardine.

Son jardin est agréable pour s’y balader, amusant pour les clients qui doivent farfouiller pour trouver leur bonheur, surprenant lorsqu’on déniche des plantes rares cachées, captivant pour les photographes et blogueurs, et fascinant quand on se prend un insecte « inconnu » dans l’œil droit.

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De plus, Stéphane est extrêmement sympathique et passionnant ! Bref, si vous passez par hasard à Haverskerque, n’hésitez pas à y faire un tour. Le jardin est ouvert toute l’année sauf en juillet et août. Mais, en qualité de pépiniériste, vous pouvez aussi le rencontrer à certaines fêtes des plantes dont celle de Locon fin mars, car il y tient régulièrement un stand. L’occasion de choisir durant cinq minutes une belle vivace puis de papoter durant une bonne heure au sujet des plantes et des papillons…

 

ALLARD Olivier

Pour s’abonner à sa page Facebook, c’est par ici. Et son blog est ici : Asterman, le blog du jardin d’Astrée. 

Si vous souhaitez en savoir plus sur lui et son jardin, Jardin-jardinier a réalisé une chouette vidéo sur le sujet. 

Auteur : NatureLupineblog

Je rouspète, je râle,… sur le jardin, sur la nature, sur les gens,… Bref je dis pleins de choses sur mon blog mais toujours avec humour et avec passion

11 réflexions sur « Asterman VS Cornus Boy : le jardin d’Astrée [HS] »

  1. un très chouette moment une fois de plus passé à te lire et à déambuler virtuellement chez asterman … une visite d’autant appréciée que je me retrouve parfaitement dans la philosophie de ce jardin , de son concepteur et de son visiteur !!

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